Dans le cadre de l’exposition Zoographies
SAMEDI 22 JUIN 2019, À 18 H, GALERIE D’ART STUDIO VIA (11700 Fontcouverte)

« LE LOUP ET LE RENARD », FABLE DE LA FONTAINE :
EXPLICATION DE TEXTE PAR YVES LE PESTIPON,

Entrée libre et gratuite. Apéritif offert

Jean de La Fontaine (1621-1695), Les fables du livre XI (1678)

Mais d’où vient qu’au renard Esope
accorde un point,
C’est d’exceller en tours pleins de matoiserie ?
J’en cherche la raison, et ne la trouve point.
Quand le loup a besoin de défendre sa vie,
Ou d’attaquer celle d’autrui,
N’en sait-il pas autant que lui ?
Je crois qu’il en sait plus ; et j’oserais peut-être
Avec quelque raison contredire mon maître.
Voici pourtant un cas où tout l’honneur échut
A l’hôte des terriers. Un soir il aperçut
La lune au fond d’un puits l’orbiculaire image
Lui parut un ample fromage.
Deux seaux alternativement
Puisaient le liquide élément
Notre renard, pressé par une faim canine,
S’accomode en celui qu’au haut de la machine
L’autre seau tenait suspendu.
Voilà l’animal descendu,
Tiré d’erreur, mais fort en peine,
Et voyant sa perte prochaine.
Car comment remonter, si quelque autre affamé,
De la même image charmé,
Et succédant à sa misère,
Par le même chemin ne le tirait d’affaire ?
Deux jours s’étaient passés sans qu’aucun vint au puits.
Le temps, qui toujours marche, avait, pendant deux nuits,
Echancré, selon l’ordinaire,
De l’astre au front d’argent la face circulaire.
Sire Renard était désespéré.
Compère loup, le gosier altéré,
Passe par là. L’autre dit : « Camarade,
Je veux vous régaler voyez-vous cet objet ?
C’est un fromage exquis le dieu Faune l’a fait ;
La vache Io donna le lait.
Jupiter, s’il était malade,
Reprendrait l’appétit en tâtant d’un tel mets.
J’en ai mangé cette échancrure ;
Le reste vous sera suffisante pâture.
Descendez dans un seau que j’ai mis là exprès.»
Bien qu’au moins mal qu’il pût il ajustât l’histoire,
Le loup fut un sot de le croire ;
Il descend, et son poids emportant l’autre part,
Reguinde en haut Maître Renard.
Ne nous moquons point nous nous laissons séduire
Sur aussi peu de fondement ;
Et chacun croit fort aisément
Ce qu’il craint et ce qu’il désire.

– Yves Le Pestipon est né en 1957. Il est poète, performer et théoricien de la littérature, ancien élève de l’ENS (Saint-Cloud), agrégé des lettres, est actuellement professeur de Première Supérieure (Khâgne) à Toulouse. Il est notamment l’auteur d’une thèse sur les relations de pouvoir dans l’œuvre de La Fontaine et d’articles consacrés aux Fables, dont il a aussi établi une éditions.
Il a publié plusieurs recueils de poésie et de nouvelles. Tenant de la poésie orale, il participe à de nombreux événements littéraires à Toulouse et dans sa région. En 2014, il publie Oublier la littérature ?, un essai tente d’explorer le paysage contemporain de la littérature, en revisitant d’abord l’histoire de cette notion. Par ailleurs, il a collaboré à plusieurs films documentaires, ainsi : une série Le Bestiaire des Pyrénées (France 3), Grothendieck, sur les routes d’un génie (K productions, 2013).

Bibliographie sélective :
– Des lettres anonymes, Éd. Clapotements, 2011.
– Je plie mais ne romps pas, Essai de lecture ininterrompue du livre I des Fables de La Fontaine, Presse Universitaires de Rouen 2011.
– Fables de La Fontaine, édition critique par Yves Le Pestipon, (GF Flammarion, 2016 et 2017)
– Oublier la littérature ? (Éd. Rue des gestes, 2013).