VENDREDI 11 DÉCEMBRE 2020 À 16 H, À RIEUX-MINERVOIS (11160) :

RENCONTRE AVEC L’ÉCRIVAINE FRANCO-ESTONIENNE KATRINA KALDA, AUTOUR DE SON ROMAN, LE PAYS OÙ LES ARBRES N’ONT PAS D’OMBRE (Éditions Gallimard, 2016)

Entrée libre et gratuite.
Rencontre réalisée en partenariat avec les associations Les Amis de Tallinn, Les Théophanies et la Médiathèque de Rieux-Minervois, dans le cadre du cycle de rencontres sur l’Anticipation.

Katrina Kalda est née en 1980 à Tallinn en Estonie. Elle est arrivée en France à l’âge de dix ans. Elle a étudié les lettres à l’École normale supérieure de Lyon.
Elle est agrégée de lettres modernes, monitrice à l’université de Poitiers, elle a passé le concours de conservateur de bibliothèques. Depuis 2015, elle travaille à la bibliothèque de l’université de Tours. Elle exerce également en tant que traductrice.
Elle a à ce jour publié trois roman chez Gallimard : Un roman estonien, son premier roman, a été publié en 2010 ; Arithmétique des Dieux, paraît en 2013 ; Le pays ou les arbres n’ont pas d’ombre en 2016. Un quatrième roman va paraître prochainement en 2021.
Elle a reçu plusieurs prix :
– en 2013, le prix du rayonnement de la langue et de la littérature française, par l’Académie française.
– en 2015, le prix Richelieu de la francophonie
– en 2018, le prix des lecteurs des littératures européennes de Cognac.

Katrina Kalda ©Mariella Esvant

PUBLICATIONS :

Romans :
Un roman estonien, Gallimard, 2010
Arithmétique des dieux, Gallimard, 2013,  prix littéraire Richelieu de la francophonie 2015
Le Pays où les arbres n’ont pas d’ombre, Gallimard, 2016, prix des lecteurs des Littératures Européennes de Cognac 2018

Nouvelles, essais, contributions :
– « Paysages de la langue », Les écrits (revue de l’académie des lettres du Canada français), 2012
– « Kihnu, une île au large du temps », Revue Portrait #2, 2014
– « Paris, pays kitch de l’imagination », Paris lumières étrangères (ouvrage collectif), Magellan, 2017
– « Fenêtres de papier », préface au livre de photographies de Jérémie Jung, Au large du temps, Imogène, 2018

Traductions :
–     Viivi Luik, Le Petit Placard de l’homme, Pierre-Guillaume de Roux, 2012

Édition :
– Jules Michelet, La Sorcière, préface de Richard Millet, édition de Katrina Kalda, Gallimard, coll. « Folio Classique », 2016

Entretien dans L’Express, par Joffrey Bollée, publié le :

Quel livre vous a le plus touché?
Il y en a bien sûr beaucoup. Parmi les œuvres contemporaines, ce fut peut-être Médée, voix de Christa Wolf. En s’appuyant sur la théorie du bouc-émissaire développée par René Girard, elle propose une lecture féministe du mythe de Médée. Mais au-delà de l’aspect politique du livre, ce qui m’a touchée c’est la figure de Médée telle qu’elle se dessine chez Wolf dans l’entrelacement des voix amies et ennemies. […] Wolf donne de Médée l’image d’une femme à la fois forte et vulnérable et interroge ce faisant la manière dont se constituent les mythes fondateurs d’une société.

Quel lecteur a compté pour vous?
Les premiers lecteurs, ceux qui ont pris le temps de lire mes premiers textes, il y a une dizaine d’années, ceux qui m’ont encouragée, soutenue, parfois conseillée.

Quel événement vous a le plus marqué?
Parmi les événements historiques, je pense toujours avec émotion et incrédulité à la chaîne humaine des Pays baltes, qui en août 1989 a réuni sur 600 km 2 millions de personnes qui souhaitaient ainsi rappeler le pacte germano-soviétique de 1939 afin de dénoncer l’occupation illégitime de l’Estonie, de la Lettonie et de la Lituanie par le pouvoir soviétique. C’est un événement qui a une forte valeur symbolique (on a pu le comparer à la chute du Mur de Berlin). Il représente pour moi la manière dont les pays baltes ont secoué le joug communiste, par une sorte de révolution « douce » en ce sens qu’elle a réussi à ne pas faire appel à la violence. C’est aussi un événement qui me fait rêver car il défie l’imagination. Il y a quelque chose de romanesque dans cette immense chaîne humaine qui se forme pour protester contre le régime soviétique, alors que la répression par le pouvoir en place demeure toujours possible. Il me semble que la chaîne humaine des Pays baltes est l’un de ces événements qui nous rappellent que l’Histoire est souvent plus romanesque que la fiction.

Pourquoi écrivez-vous?
J’aime la façon dont Julien Gracq se moque de cette question dans En lisant, en écrivant : « On écrit d’abord parce que d’autres avant vous ont écrit, ensuite, parce qu’on a déjà commencé à écrire ». A l’origine de l’écriture, il y a la lecture, ce qui nous renvoie à la première question. Ensuite, pourquoi continuer à écrire ? Pour moi, l’une des raisons tient au plaisir de pouvoir me retrancher dans la temporalité lente de l’écriture, tout à fait différente de celle, plus rapide, des activités quotidiennes. Il y a aussi le plaisir de rêver un monde, et je suis fascinée par les écrivains qui parviennent à bâtir de véritables systèmes romanesques tels Balzac, ou plus près de nous, G. Grass. Là encore, il s’agit d’une sorte de retranchement dans l’imaginaire. Enfin, il y a le plaisir de la langue qui constitue bien sûr la matière même de l’écriture : le plaisir de travailler sur la syntaxe, la musique de la langue, la construction des images.

À PROPOS DE LE PAYS OÙ LES ARBRES N’ONT PAS D’OMBRE (Collection Blanche, Gallimard, 2016)

Trois femmes, Marie, sa mère Astrid et sa grand-mère Sabine, habitent ensemble dans la Plaine, où elles ont été déplacées pour une raison qu’on leur tait. Dans cette banlieue végète une population misérable qui travaille dans de grandes usines de recyclage pour alimenter en matières premières utilisables la Ville peuplée de nantis paisibles.
Un jour, Astrid et sa fille décident de franchir le no man’s land qui sépare la Ville et la Plaine, pour rejoindre le père de Marie…
L’univers imaginé par Katrina Kalda possède une grande force d’évocation et un charme puissant, instillant chez le lecteur un malaise et une fascination qui ne se dissipent pas.

ÉCHOS DE LA PRESSE :

Nouvelle République, 15 février 2018.

Pour Katrina Kalda, l’écriture est un travail à part entière : « Dans beaucoup de domaine on étudie six, sept ou huit ans avec d’être vraiment compétent, l’écriture, c’est la même chose », explique-t-elle. Ainsi, pendant des années, en parallèle de ses études, elle s’est « astreinte à rester chaque jour à [mon] bureau pendant deux heures pour voir si [j’avais] la ténacité nécessaire pour devenir écrivain ». Elle l’a, tout comme le talent, puisque ses trois romans publiés chez la très sérieuse maison d’édition Gallimard lui ont déjà valu deux prix : celui du rayonnement de la langue et de la littérature française de l’Académie française et celui le prix Richelieu de la francophonie.
Être primée pour « services rendus » à la langue de Molière lève-t-il le flou sur la frontière entre l’écrivain francophone et de l’écrivain français qui poursuit cette jeune femme d’origine estonienne ? « Quel est le critère pour passer de l’un à l’autre », s’interroge-t-elle.
La langue française, elle l’a découverte à 10 ans, dans les couloirs de l’ambassade de France de Leningrad, avant son émigration, avec sa mère. « J’ai vécu cela comme un choc esthétique », se rappelle-t-elle. Très vite, elle l’apprendra, l’adoptera comme langue littéraire : « Une belle langue, avec beaucoup de potentialité. » Elle a lu, étudié en français, écrit ses premiers textes et s’est rêvée dans cette langue d’adoption, devenue sienne. En Estonie, les traductions de ses romans sont pourtant considérées comme patrimoine national. Peut-être aussi car ce pays est présent, ses gens, son histoire. Mais pas seulement.
Dans les livres de Katrina Kalda, il y a de l’humain, de la famille, de la politique, des zones d’ombres aussi. Le dernier paru, intitulé Le Pays où les arbres n’ont pas d’ombre, était « trop lourd, trop sombre » pour qu’elle le laisse entre les mains de sa fille de 11 ans. Une idée s’est alors fait jour, la réflexion a fait son chemin. Katrina Kalda s’est attelée à un roman jeunesse, se glissant avec délectation dans un récit à hauteur d’adolescent. Une transition naturelle, et surtout pas sans retour. « Comme cela se fait dans les pays du Nord. En France, on a tendance à cloisonner les deux », remarque-t-elle. Elle qui se joue des frontières.