Carol VANNI est née en 1965 à La Seyne-sur-mer, dans le Var, et vit actuellement dans le Tarn ; elle est écrivaine et chorégraphe, après avoir été danseuse. Elle quitte les grandes villes en 2014 et vit actuellement dans le Tarn en pleine campagne. Elle s’est mise au jardin, apprend la taille des arbres, travaille ponctuellement aux côtés d’une maraîchère en bio et donne toute son ampleur à l’écriture.

AUDIO : LECTURE DE SON TEXTE D’ABONDANCE PAR CAROL VANNI :

Écrivain, elle a publié différents livres de prose poétique.

Des textes sont parus dans les revues Hors Jeu (Epinal), L’Evidence (Paris), Le Paresseux (Angoulême), Le Cahier du Refuge (Centre International de Poésie Marseille).

Son écriture a été portée sur le plateau grâce aux metteurs en scène Aïcha Sif, Elisabetta Sbiroli et au chorégraphe Patrick Servius. Les trois spectacles ont été créés à La Minoterie, Théâtre de la Joliette, Scène Conventionnée pour les Expressions Contemporaines à Marseille. Mes Pénélopes a été adaptée sur la scène du Théâtre des Bernardines à Marseille en 2015.

Elle mène des ateliers d’écriture souvent liés au corps et s’inscrit dans la démarche que Jeanne Benameur lui a transmise, notamment lors de son séminaire à Confluences en 2015.

Danseuse contemporaine et chorégraphe, elle a travaillé dans les compagnies de Daniel Dobbels, Santiago Sempere, Nicole Mossoux et Patrick Bonté, à Paris, à Bruxelles.

Elle a eu sa propre compagnie associée au Théâtre du Merlan, Scène Nationale à Marseille.

Avec son compagnon elle a exploré les danses de bal, et le tango argentin comme figure emblématique de la danse de couple.

Avec Alain Fourneau, metteur en scène et directeur du théâtre des Bernardines, à Marseille, elle a mené pendant presque dix ans un travail où le texte, la voix et le mouvement s’articulent intimement, sur des scènes de théâtre ou en extérieur.

Parutions :
Chagrin d’encre (Z’éditions, 1995)
Embruns (Z’éditions, 1997) avec les dessins d’Edmond Baudoin
Mes Pénélopes (Esperluète, 2015), avec les peintures de Véronique Decoster
Femme Morte à la théière (Esperluète, 2018), avec des dessins d’Anne Leloup.

Le texte et les photos de Carol Vanni

D’abondance

30 juillet

Sur la table basse, des œufs, deux pommes, un grand bol de verre bleu empli de noix, le thym et le romarin cueillis dans les Alpilles, des tomates, celles de ma mère et de ma tante venues me rendre visite, celles du jardin, une courgette ronde et une longue jaune ramassées ce matin, des prunes roses, d’autres d’un jaune-vert.

2 août

18 pots de prunes et poires au sirop. Les branches des poiriers cassent sous le poids des fruits. Je n’ai pas placé les tuteurs assez tôt. J’épluche les poires tombées ainsi, encore vertes, les passe au citron une à une et les cuits avec des prunes mûres, des petites d’un rouge violacé.

1er septembre

Le panier à linge déborde de draps, ça se bouscule en séchant sur le fil. Abondance d’amis dans l’été. Ils m’ont aidé à ramasser, trier, éplucher, cuire. Ils m’ont aidée à vivre.

5 septembre

Les pêches commencent à tomber. J’en ai descendu ce matin 14 bocaux au sirop, à la cave. Les prunes bleues, dites d’Aven sont encore là malgré tout ce que j’ai donné à mon voisin pour ses confitures et ce que les amis ramènent chez eux en voiture. Sur ce les noisettes arrivent.

Plusieurs fois dans la journée je passe avec un seau bleu pour les fruits gâtés et un panier tressé pour ce qui peut être sauvé, transformé ou se conserver un peu. Je goûte. Le seau bleu est pour les juments. Elles hennissent au son de l’anse de métal sur le corps de plastique.

Profusion ? A une amie qui évoque l’envahissement, écueil de l’abondance, je rétorque que comme tous les excès, l’abondance demande une tenue intérieure. Au même titre que la pénurie.

Mais au bout d’un mois de cueillette quotidienne, pommes, poires, prunes, pêches, coings, de tri dans les cagettes qui patientent au cellier (un fruit carpé ou véreux se conserve peu), je donne, je donne, aux voisins, aux bêtes, à la terre, je laisse.

18 septembre

Les branches retrouvent leur propre poids de bois, de feuilles. Les fruits sont presque tous tombés. J’enlève les tuteurs.

16 novembre

Graines de potimarron, de courge butternut, feuilles de rhubarbe, demi-citrons, trognons et chair gâtée des pommes, pelure d’oignons rouges. Le compost.

L’abondance nous est-elle destinée ? Les paniers de prunes sur une table, les pots de fruits au sirop à la cave, les cagettes de pommes au cellier ? Est-ce une exubérance adressée ? Ou bien l’abondance est-elle en elle-même, pour elle-même ? Les pommes sur un pommier.

Est-ce 31 œufs découverts un matin dans les bottes de foin sous l’abri-bois, après des soirs innombrables, rentrée bredouille du poulailler ? Est-elle relative au manque ? A la surprise ?

L’abondance, un excès provenant d’une grâce, quantité au-delà de tout calcul ? Un désir.

J’ai été si peu. L’abondance m’apaise.

Je photographie en ce mois de mars revenu, le jeune abricotier, il est en fleur pour la première fois de sa vie d’arbre. Promesse D’abondance.

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