SAMEDI 13 NOVEMBRE 2021, À 16 H, MAIRIE DE RIEUX-MINERVOIS (Salle du Conseil, Hôtel des Ville, place du général Bousquet, 11160 Rieux-Minervois)

« LE LION ET LE RAT » / « LA COLOMBE ET LA FOURMI »

FABLE DE LA FONTAINE – LECTURE COMMENTÉE PAR YVES LE PESTIPON,
À L’OCCASION DU 400E ANNIVERSAIRE DE LA NAISSANCE DE LA FONTAINE

Entrée libre et gratuite. Passe sanitaire nécessaire. Apéritif offert

 

Voilà deux fables extrêmement célèbres qui sont juxtaposées dans l’œuvre de Jean de La Fontaine, qui est né voilà précisément quatre siècles. Elles constituent une fable double. Nous les lirons l’une avec l’autre, l’une par l’autre, comme leur auteur nous y invite. Ce sera occasion de réfléchir sur les jeux de miroirs, ou plutôt de plis, dans la composition étonnamment moderne des Fables. Que nous soyons « grands » ou « petits », Colombe ou Fourmi, Lion ou Rat, voire, tout à la fois, Colombe, Fourmi, Lion et Rat, nous espérons y trouver des raisons de faire, avec nos différences, aujourd’hui société. (YVES LE PESTIPON).

Jean de La Fontaine (1621-1695)

Le lion et le rat (Livre II, fable 11)

Il faut, autant qu’on peut, obliger tout le monde :
On a souvent besoin d’un plus petit que soi.
De cette vérité deux Fables feront foi,
Tant la chose en preuves abonde.


Entre les pattes d’un Lion
Un Rat sortit de terre assez à l’étourdie.
Le Roi des animaux, en cette occasion,
Montra ce qu’il était, et lui donna la vie.
Ce bienfait ne fut pas perdu.
Quelqu’un aurait-il jamais cru
Qu’un Lion d’un Rat eût affaire ?
Cependant il advint qu’au sortir des forêts
Ce Lion fut pris dans des rets,
Dont ses rugissements ne le purent défaire.
Sire Rat accourut, et fit tant par ses dents
Qu’une maille rongée emporta tout l’ouvrage.
Patience et longueur de temps
Font plus que force ni que rage.

La Colombe et la Fourmi (Livre II, fable 12)

L’autre exemple est tiré d’animaux plus petits.

 

Le long d’un clair ruisseau buvait une Colombe,
Quand sur l’eau se penchant une Fourmi y tombe.
Et dans cet océan l’on eût vu la Fourmi
S’efforcer, mais en vain, de regagner la rive.
La Colombe aussitôt usa de charité :
Un brin d’herbe dans l’eau par elle étant jeté,
Ce fut un promontoire où la Fourmi arrive.
Elle se sauve ; et là-dessus
Passe un certain Croquant qui marchait les pieds nus.
Ce Croquant, par hasard, avait une arbalète.
Dès qu’il voit l’Oiseau de Vénus
Il le croit en son pot, et déjà lui fait fête.
Tandis qu’à le tuer mon Villageois s’apprête,
La Fourmi le pique au talon.
Le Vilain retourne la tête :
La Colombe l’entend, part, et tire de long.
Le soupé du Croquant avec elle s’envole :
Point de Pigeon pour une obole.

– Yves Le Pestipon est né en 1957. Il est poète, performer et théoricien de la littérature, ancien élève de l’ENS (Saint-Cloud), agrégé des lettres, il a été professeur de Première Supérieure (Khâgne) à Toulouse. Yves Le Pestipon est l’un des meilleurs spécialistes de La Fontaine. Il est notamment l’auteur d’une thèse sur les relations de pouvoir dans l’œuvre de La Fontaine et d’articles consacrés aux Fables, dont il a aussi établi une édition. Il est notamment l’auteur de la Préface de la nouvelle édition des Fables, qui vient de paraître à La Pléiade. Il a publié plusieurs recueils de poésie et de nouvelles. Tenant de la poésie orale, il participe à de nombreux événements littéraires à Toulouse et dans sa région. En 2014, il publie Oublier la littérature ?, un essai tente d’explorer le paysage contemporain de la littérature, en revisitant d’abord l’histoire de cette notion. Par ailleurs, il a collaboré à plusieurs films documentaires, ainsi : une série Le Bestiaire des Pyrénées (France 3), Grothendieck, sur les routes d’un génie (K productions, 2013).

Yves Le Pestipon

Bibliographie :

– Des lettres anonymes, Éd. Clapotements, 2011.
– Je plie mais ne romps pas, Essai de lecture ininterrompue du livre I des Fables de La Fontaine, Presse Universitaires de Rouen 2011.
– Fables de La Fontaine, édition critique par Yves Le Pestipon, (GF Flammarion, 2016 et 2017)
– Oublier la littérature ? (Éd. Rue des gestes, 2013).
– Les Fables de La Fontaine, Préface d’Yves Le Pestipon (La Pléiade, 2021).